Le rachis cervical peut être une cause possible de vertige, quand ce dernier est décrit comme un déséquilibre, aggravé par des mouvements ou positions du rachis cervical et ou se produisant suite à dysfonctionnement cervical (raideur et/ou douleur).
Une perturbation de l’information sensorielle en provenance de la colonne cervicale haute pourrait en être à l’origine, l’équilibre étant maintenu par l’intégration des signaux en provenance du système vestibulaire, visuel, et proprioceptif.
La thérapie manuelle serait supposée normaliser les informations afférentes proprioceptives en provenance des cervicales hautes (C0 à C3).

Contexte

Les SNAGs du concept Mulligan (qui sont des mobilisations avec mouvement pour le rachis) ont montré un effet à court terme pour le traitement des vertiges d’origine cervicale.

Le but de la présente étude était de comparer l’efficacité des SNAGs en comparaison de mobilisations type Maitland.

Méthode de l’étude

86 participants (de 18 à 90 ans) ont été répartis en 3 groupes (SNAGs, Maitland, et placebo).
Chaque groupe a bénéficié de 2 à 6 séances pendant 6 semaines puis d’exercices à faire à la maison (auto-SNAG ou exercices d’entretien d’amplitude) jusqu’à une évaluation à 12 semaines.
Le placebo consistait à l’utilisation d’un laser inopérant.

Critères d’inclusion:
Vertige décrit comme un déséquilibre, plus une histoire de douleur et/ou raideur cervicale, et une provocation de vertige avec des positions ou mouvements cervicaux, vertige depuis au moins 3 mois.
Les auteurs ont effectué des tests pour exclure d’autres causes à l’origine des vertiges.

Le critère de jugement principal était l’intensité des vertiges (EVA).
Les critères de jugement secondaires étaient la fréquence des vertiges, la mesure du handicap avec le Dizziness Handicap Inventory (DHI), l’intensité des douleurs cervicales (EVA), l’effet global perçu, et les effets indésirables.

Résultats

Une baisse d’intensité significative a été constatée dans les groupes SNAGs et Maitland immédiatement après le traitement (mais pas de différences entre ces 2 groupes).
Ceci était maintenu à 12 semaines avec au final une baisse de 23.1mm pour le groupe SNAG (IC95% 13.7 – 32.6) et de 23.2mm pour le groupe Maitland (IC95% 13.7 – 32.6)
Ce gain d’environ 2 points sur l’EVA est retrouvé lorsque l’on compare les 2 groupes traitements au groupe placebo.
Quelques effets indésirables légers et de courte durée dans le groupe SNAGs ont été notés pour 4 participants.

Commentaire Actukiné
Une étude qui pourrait être noté 9/10 sur l’échelle PEDro, plutôt bien menée, avec pour une fois l’utilisation d’un placebo jamais évident en thérapie manuelle (les participants n’étaient pas au courant du traitement qu’ils recevaient). Un autre point positif est le remplacement des données manquantes pour les patients perdus de vue au cours de l’étude.
On peut noter cependant quelques biais qui montre qu’une note ne fait pas tout.
C’est le même physio qui a effectué les traitements; et le nombre de traitements n’étaient le même pour chaque participant.
On regrettera l’absence d’enregistrement au préalable de l’essai dans une base de données garantissant tout bidouillage des données.
Cette étude a été financé par l’association des enseignants du concept Mulligan.
Les mesures de départ avaient tendances à être plus basses dans le groupe SNAGs notamment pour le critère de jugement principal (à la limite du significatif…).
Pour le gain de 2 points sur l’EVA, qui peut sembler cliniquement peu pertinent, il ne faut pas oublier que cette étude ne reflète pas forcément la réalité, nos traitements étant le plus souvent multi-modaux (utilisation d’exercices thérapeutiques, d’éducation, de conseils etc…).
Pour le reste des critiques, reportez vous au chapitre discussion de l’étude.

Référence
Reid SA, Rivett DA, Katekar MG, Callister R. Comparison of Mulligan Sustained Natural Apophyseal Glides and Maitland Mobilizations for Treatment. Phys Ther. 2014 Feb 6. [Epub ahead of print]

résumé disponible en ligne