Pratiques médicales inefficaces ou dangereuses
L’amélioration de la qualité et de la performance du système de soin est une préoccupation importante qui concerne chaque pays. L’OMS a identifié 6 dimensions qui contribuent à la qualité des soins: la pertinence, l’efficience, l’accessibilité, l’éthique, l’accessibilité et la sécurité [1] . L’usage inadapté des interventions en santé est un problème sérieux qui conduit à des pratiques inefficaces ou dangereuses.

Quelle est l’importance de ces pratiques?
Les chiffres sont imprécis. Il est difficile d’appréhender leur fréquence et leur importance malgré le constat de leur existence dans les différents champs de la santé [2]. De nombreux facteurs peuvent aboutir à délivrer des soins inadaptés ou dangereux comme le manque de transparence [3] des effets délétères engendrés par des traitements (mauvais reporting), un renversement d’effet des interventions cliniques. Prasad et coll [4] ont analysé les articles concernant une pratique médicale dans un journal à grand impact factor sur une période de 10ans. Les auteurs rapportent qu’environ 40 % des études publiées dans ce journal qui teste une pratique médicale déjà existante n’ont pas d’effet par rapport au précédent traitement de référence ou ont un effet inverse, 38 % confirme la pratique, 27 % ne permet pas de conclure. Enfin, une pratique est souvent considérée comme inoffensive tant que des effets délétères n’ont pas été rapportés. Il pourrait être approprié de considérer une intervention potentiellement dangereuse tant qu’on a pas prouvé son innocuité. Qu’en est-il, par exemple, des programmes de rééducation dont l’intensité est une des composantes, dont l’effet pourrait être soumis à une relation dose / effet? Il existe des publications [5] qui rapportent une fréquence d’événements délétères (chutes) plus élevée pour des programmes d’entrainement dits "intenses" chez des personnes sensibles (patients neurologiques, personnes âgées) par rapport à des traitements moins intenses. Il est raisonnable de penser que d’autres existent.

Comment identifier ces pratiques inefficaces ou dangereuses?
Le manuel de certification des établissements de santé comporte une partie (partie 5) sur l’évaluation des pratiques professionnelles et en particulier sur la pertinence des soins qui évalue "la prescription et /ou l’utilisation" des soins et des hospitalisations. Nous devrions donc être tous concernés par cette procédure. Pourquoi existe-t-il alors des variabilités dans les pratiques? Qu’en est-il des pratiques effectuées hors établissements de santé? Les recommandations de bonne pratique sont des documents qui fournissent des informations sur les pratiques qui peuvent mise en œuvre en. À ce jour (site consulté le 12 sept 2013) 89 sont en ligne sur le site de l’HAS dont 38 < 5 ans. D’autres ressources sont développées pour aider le clinicien a identifier les traitements qui ne marchent pas ou qui ne doivent pas être utilisés. On peut citer la base du NICE: do not do . Quelques interventions concernent les pratiques des kinésithérapeutes, mais leur nombre est très faible. On peut lire * que l’usage des ultrasons, courants antalgiques ou des tractions ne sont pas recommandés dans le traitement des douleurs lombaires (CG88) .

un problème de coût économique
Les pratiques inefficaces affectent en priorité bien sur celui qui les reçoit, mais aussi plus largement la société. Ainsi, le NHS (équivalent de la sécurité sociale au royaume uni) estime qu’il pourrait économiser 500 millions de £ en éliminant un certain nombre de pratiques inefficaces.

Une priorité pour les décideurs de politique de santé
Ainsi l’identification et l’arrêt des pratiques cliniques inefficaces et/ou dangereuses sont un enjeu important pour l’amélioration de la qualité de notre système de santé. C’est un axe prioritaire qui figure désormais dans une circulaire gouvernementale du 19 juillet 2013 concernant la formation continue des professionnelles des établissements de santé (annexe13, axe 2014 – améliorer la pertinence / sécurité / efficience). Contribuer à améliorer la qualité et la sécurité des soins s’inscrit aussi dans les missions du collège de la masso-kinésithérapie (CMK) et de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes

* mot clés utilisé: non-pharmacological

L’auteur déclare ne pas avoir de conflit d’intérêt en rapport avec cet article

Références:
[1] Quality of care: a process for making stategic choices in health system. WHO Library, 2006. lire le pdf

[2] Luo XM, Tang JL, Hu YH, Li LM, Wang YL, Wang WZ, Yang L, Ouyang XH, Duan GC. How often are ineffective interventions still used in clinical practice? A cross-sectional survey of 6,272 clinicians in China. PLoS One. 2013;8(3):e52159. lire le pdf

[3] Ioannidis JP, Evans SJ, Gøtzsche PC, O’Neill RT, Altman DG, Schulz K, Moher D; CONSORT Group. Better reporting of harms in randomized trials: an extension of
the CONSORT statement. Ann Intern Med. 2004 Nov 16;141(10):781-8. Lire le résumé

[4] Prasad V, Vandross A, Toomey C, Cheung M, Rho J, Quinn S, Chacko SJ, Borkar D, Gall V, Selvaraj S, Ho N, Cifu A. A decade of reversal: an analysis of 146 contradicted medical practices. Mayo Clin Proc. 2013 Aug;88(8):790-8. lire le pdf

[5] Duncan PW, Sullivan KJ, Behrman AL, Azen SP, Wu SS, Nadeau SE, Dobkin BH, Rose DK, Tilson JK, Cen S, Hayden SK; LEAPS Investigative Team. Body-weight-supported
treadmill rehabilitation after stroke. N Engl J Med. 2011 May 26;364(21):2026-36. lire le résumé