Récemment déposée sur la plateforme de pétitions de l’assemblée nationale par un collectif de kinésithérapeute (lien ici), une lettre ouverte propose un projet en ces termes :

 

Monsieur le Premier Ministre
Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation,
Monsieur le Ministre des Solidarités et de la Santé,
Madame la Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques,

Nous sommes un collectif de rééducateurs professionnels de santé ayant fait le choix d’enrichir notre parcours professionnel de diplômes de deuxième et de troisième cycle universitaire. Les compétences acquises lors de ces formations nous ont permis d’accéder, pour la plupart, à des fonctions d’enseignement, de recherche, d’ingénierie, ou d’encadrement.
Nous sommes les forces vives du processus d’universitarisation des professions paramédicales, initié il y a plus de 10 ans et pour lequel votre gouvernement a souhaité donner une nouvelle dynamique pour que cette universitarisation puisse devenir opérationnelle dans toutes les formations en 2019. Ce processus était notamment conduit avec le double objectif que notre système de santé forme et dispose de professionnels de hautes compétences et que la recherche dans les domaines des sciences de la rééducation/réadaptation nous apporte des connaissances permettant son évolution.
Nous nous sommes tous félicités de la création des section 91 en sciences de la rééducation/réadaptation. La création de cette section dans le CNU-santé pouvait laisser penser que nous pourrions conjuguer, faire reconnaitre et valoriser la valence clinique et valence d’enseignement-recherche de nos activités.

Nous faisons aujourd’hui l’amer constat que des problématiques statutaires bloquent la dynamique engagée :
– Pour certains d’entre nous qui exerçons comme titulaires ou contractuels dans un établissement public de santé des fonctions d’enseignement, de recherche, ou d’encadrement, la possibilité de réaliser une partie de leur activité en soin auprès du patient leur est refusée au motif qu’il n’est pas possible de recruter un même agent sur deux contrats différents.
– Pour d’autres qui se refusent à abandonner les activités cliniques, les missions d’enseignement, de recherche, ou d’encadrement sont exercées sous le statut de soignant et ils n’ont d’autre choix que de s’accommoder du défaut de reconnaissance de leurs compétences et de leur investissement que cela implique.
– Pour ceux qui souhaitent accéder aux métiers d’enseignants-chercheurs à l’université, le choix de n’avoir pas accompagné la création des sections de CNU d’un statut hospitalo-universitaire conduit à des profils de poste faisant disparaître la valence clinique du recrutement
Il n’est pas rare que les directions des établissements elles-mêmes nous orientent vers le privé ou le libéral pour faire valoir nos compétences de clinicien. Nos parcours tournés vers la recherche et l’enseignement, témoignent de notre attachement et de notre grande estime du secteur public et nous ne pouvons admettre que cette situation soit sans solution.

Nous sommes convaincus et soutenons que :
– les patients ont tout à gagner à bénéficier de soins de qualité, fondés sur les données acquises de la science, et prodigués par des professionnels dont les compétences se sont enrichies d’autres fonctions comme l’enseignement ou la recherche ;
– par effet miroir, la qualité des enseignements et de la recherche produite sera d’autant plus grande et plus en adéquation avec les besoins du terrain qu’elle sera alimentée par une activité clinique du professionnel les réalisant ;
– la présence de professionnels aux parcours et compétences variés comme tuteur de stage des étudiants en formation initiale sera source d’attractivité pour le secteur public aujourd’hui malheureusement délaissé ;
– permettre l’exercice valorisé de plusieurs fonctions au sein d’un établissement permettra d’augmenter l’attractivité du secteur public pour les postes de soignants et facilitera de fait les capacités d’adaptation de notre système de santé pour faire face aux différentes crises qu’il est amené traverser.
Nous n’avons pas d’autre prétention que celle de nous permettre d’exercer dans le secteur public l’ensemble des missions et fonctions pour lesquelles nous sommes formés et compétents, et que ces missions soient chacune reconnues et rémunérées à leur juste valeur.
Pour ce faire, il est nécessaire de lever les blocages réglementaires et statutaires qui conduisent aux situations décrites précédemment. La création de cadres d’emploi de praticien-chercheur, praticien-ingénieur ou de praticien-enseignant dans les établissements de santé pourrait partiellement résoudre les problématiques statutaires soulevées. La définition d’un statut hospitalo-universitaire pour les professions de la rééducation pourrait quant à elle répondre à la problématique du maintien de la valence clinique sur les profils de poste d’enseignant-chercheur.
Dans ce contexte, et compte tenu des engagements pris dans le cadre du Ségur de la santé, vous comprendrez que ce soit le moment pour nous de porter ces revendications et que nous rendions publics notre démarche et son contenu.
Nous vous adressons, Mesdames et Monsieur les Ministres, nos salutations respectueuses.

Le collectif 91

cette proposition est signée de nombreux kinésithérapeutes et personnes impliquées dans l’enseignement.

Vous pouvez retrouver la pétition et ses informations ici :

https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-223?fbclid=IwAR1GUnSy0GeW_C2m-_k3yasv_fsi_XS3gflac-1j1WlkI9xTGFeOSO-jqOA

Merci à eux pour cette initiative de valeur.